Travaux de groupe lors d'une formation du programme PAS À PAS à Pikine, Tivaouane Peulh et Patte d'Oie
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Jeunes, communautaires, médias, religieux : comment se construit un mouvement de plaidoyer pour la justice reproductive

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Le mouvement Pas à Pas est structuré autour de quatre sous-mouvements : les jeunes, les acteurs communautaires, les professionnels des médias et les acteurs religieux. Cette architecture est un choix de méthode.

Sur les questions de droits reproductifs, l'échec le plus courant d'une campagne de plaidoyer n'est pas de manquer d'arguments. C'est de n'être audible que par celles et ceux qui étaient déjà convaincus. Le mouvement Pas à Pas, dynamique communautaire de promotion de la justice reproductive au Sénégal, a construit sa méthode autour de ce problème.

Quatre sous-mouvements plutôt qu'une coalition

Le mouvement est structuré autour de quatre sous-mouvements : les jeunes, les acteurs communautaires, les professionnels des médias et les acteurs religieux.

La différence avec une coalition d'organisations est réelle. Une coalition rassemble des structures qui partagent une position ; les sous-mouvements rassemblent des milieux qui ne la partagent pas nécessairement au départ et qui travaillent chacun à l'intérieur de son propre champ de légitimité.

Un argument porté par un jeune leader dans son quartier, par un journaliste dans sa rédaction, par une actrice communautaire dans son réseau et par un acteur religieux dans son cadre de référence ne produit pas quatre fois le même effet. Il produit quatre effets différents, chacun recevable là où les trois autres ne le seraient pas.

Le travail avec les acteurs religieux

Le sous-mouvement religieux illustre le mieux cette logique. Plutôt que d'opposer un discours de droits à un discours de foi, le programme a engagé un travail de fond avec les mouvements de l'ANAR/JRS pour construire un argumentaire religieux.

Ce travail s'est appuyé sur deux groupes distincts : le Groupe Revue Littéraire, chargé du travail sur les sources, et le Groupe Approche, Contenu et Méthodologie, chargé de la structure du document et de son adresse. Deux rencontres en ligne et une rencontre en présentiel ont permis d'analyser, de relire et d'harmoniser le contenu, jusqu'à consolider et finaliser l'argumentaire.

Restait, à l'issue du processus, à intégrer la version arabe pour disposer d'un document complet — condition de sa circulation auprès d'une partie des destinataires visés.

L'enrôlement plutôt que la sensibilisation

Le deuxième trait de méthode tient au vocabulaire. Le programme ne parle pas de sensibiliser des jeunes mais de les enrôler : soixante jeunes leaders ont ainsi rejoint le mouvement, dans les communes de Pikine Nord et Est, Tivaouane Peulh et Patte d'Oie.

Un public sensibilisé reçoit un message. Une personne enrôlée accepte un rôle, se forme, élabore un plan d'action et devient responsable d'une part du travail. Les formations conduites à Pikine, Tivaouane Peulh et Patte d'Oie ont porté sur les DSSR, sur les argumentaires de plaidoyer et sur les stratégies de réponse aux mouvements anti-droits.

Anticiper l'opposition organisée

Ce dernier point marque une évolution notable. Les formations n'abordent plus seulement ce qu'il faut dire, mais ce à quoi il faut s'attendre : une opposition organisée, souvent transnationale, qui conteste les faits autant que les revendications et qui maîtrise les codes de la communication en ligne.

Former à comprendre ces mouvements avant d'y répondre permet de distinguer une objection sincère d'une stratégie de disqualification — deux situations qui n'appellent pas la même réponse.

Ce que vise le mouvement

Le programme PAS À PAS, mis en œuvre avec l'appui d'IPAS et d'AmplifyChange, vise à renforcer le plaidoyer en faveur de l'accès à l'avortement sécurisé dans les cas de viol ou d'inceste, en mobilisant acteurs communautaires, leaders religieux, jeunes leaders et professionnels des médias au sein d'une plateforme d'acteurs engagés.

Les participant·e·s aux formations se sont portés volontaires pour démultiplier les acquis auprès de leurs pairs. C'est, à l'échelle d'un trimestre, le signe que l'architecture fonctionne comme prévu : le mouvement s'étend par ses membres plutôt que par ses campagnes.

Cet article s'inscrit dans le programme

PAS À PAS : VERS UNE JUSTICE REPRODUCTIVE AU SENEGAL
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