Mariages précoces, abandons scolaires, violences conjugales : ce que les jeunes filles de Yoff identifient elles-mêmes
Lors des cercles de sororité de Ndenatte et Therme Nord, ce sont les participantes elles-mêmes qui ont nommé les principaux défis auxquels elles font face. Leur liste constitue un diagnostic.
Les diagnostics sur les violences faites aux filles sont le plus souvent établis par des personnes qui ne les subissent pas. À Yoff, au deuxième trimestre 2026, la liste a été dressée par les intéressées elles-mêmes.
Lors de deux cercles de sororité organisés dans les quartiers de Ndenatte et de Therme Nord, des adolescentes et de jeunes femmes ont identifié les principaux défis auxquels elles sont confrontées dans leurs communautés : les mariages précoces et forcés, les abandons scolaires, les violences conjugales, psychologiques, verbales et économiques, ainsi que les normes sociales discriminatoires.
Une liste qui se tient d'un bout à l'autre
Ce qui frappe dans cet énoncé, c'est sa cohérence interne. Ce ne sont pas cinq problèmes distincts, mais les maillons d'un même enchaînement.
Un mariage précoce interrompt une scolarité. Une scolarité interrompue ferme l'accès à un revenu propre. L'absence de revenu propre installe une dépendance économique. La dépendance économique rend une violence conjugale difficile à quitter. Et les normes sociales discriminatoires font tenir l'ensemble en le présentant comme l'ordre naturel des choses.
Les violences économiques et verbales, rarement nommées
La liste mentionne les violences psychologiques, verbales et économiques au même rang que les violences conjugales. C'est une précision qui compte.
Les campagnes de sensibilisation portent le plus souvent sur les violences physiques et sexuelles, qui laissent des traces et relèvent d'une qualification pénale identifiable. Les violences économiques — priver une femme de ses revenus, contrôler ses dépenses, l'empêcher de travailler — sont plus difficiles à nommer parce qu'elles se confondent avec des arrangements familiaux jugés ordinaires.
Que des jeunes femmes les citent spontanément indique qu'un travail de nomination a eu lieu. C'est précisément l'objet de ces cercles.
Ce que les cercles apportent
Les participantes ont renforcé leurs connaissances sur la citoyenneté active, sur les notions de genre et de sexe, sur les droits fondamentaux et sur les différentes formes de violences basées sur le genre.
La distinction entre genre et sexe est l'outil décisif de cette séquence. Elle permet de comprendre qu'une répartition des rôles présentée comme naturelle est une construction sociale — et donc qu'elle peut être discutée, ce que le mot « nature » interdisait.
Une parole rendue possible
Le bilan du projet relève que l'approche communautaire a permis de briser des sujets tabous au sein de la communauté traditionnelle lébou, et souligne la diversité des profils réunis ainsi que la qualité de la mobilisation.
Ces cercles s'appuient sur une étude préalable portant sur les perceptions de la communauté de Yoff en matière de droits en santé sexuelle et reproductive et de violences basées sur le genre, dont les résultats ont été restitués à l'ensemble des parties prenantes du projet.
De la parole au relais
Le résultat que le projet retient en premier n'est pas un chiffre de participation mais un déplacement de position : un engagement accru des participantes à agir comme relais communautaires.
Les jeunes femmes qui ont nommé ces violences deviennent celles qui aideront d'autres à les nommer. C'est le mécanisme sur lequel repose le projet Jeunes Volontaires pour la Santé Sexuelle et Reproductive, mis en œuvre à Yoff avec le soutien de Speak Up Africa dans le cadre de l'Initiative Voix Essentielles.
Cet article s'inscrit dans le programme
Jeunes Volontaires Pour La Santé Sexuelle et Reproductive
